Trois espèces à psilocybine sont régulièrement citées pour la France : le psilocybe lancéolé (Psilocybe semilanceata) des prairies, le panéole à ceinture (Panaeolus cinctulus) des sols très fumés, et Psilocybe cyanescens, arrivé avec les copeaux de bois des massifs urbains. L'OFDT résume la situation en une phrase : les champignons hallucinogènes peuvent pousser en France, « principalement les psilocybes ».
Cette page décrit ces espèces pour qu'on sache de quoi l'on parle. Elle ne sert pas à cueillir : en France, ramasser un champignon hallucinogène, c'est déjà détenir un stupéfiant (voir la loi), et les erreurs d'identification sont la première cause d'intoxication grave (voir les confusions).
Le psilocybe lancéolé, l'espèce des pâtures
Psilocybe semilanceata est de loin le champignon hallucinogène le plus répandu en Europe. Son nom français, psilocybe lancéolé ou psilocybe fer de lance, traduit simplement le nom latin ; les Anglais l'appellent liberty cap, à cause de sa ressemblance avec le bonnet phrygien.
Silhouette. Un chapeau de 5 à 25 mm, conique à campanulé, presque toujours terminé par un petit téton pointu. Humide, il est brun ocre à brun châtaigne, plus sombre au centre et strié sur les bords ; en séchant, il pâlit jusqu'au jaune paille. Le pied est très fin, 1 à 3,5 mm d'épaisseur pour 4,5 à 14 cm de long, souvent ondulé. La sporée est brun pourpre foncé (Wikipédia, d'après Guzmán 1983 et Stamets 1996).
Milieu. Les prairies, pâtures et pelouses, surtout humides, souvent là où paissent moutons et vaches. Il ne pousse pas sur la bouse elle-même : c'est un saprophyte qui décompose les racines mortes des graminées. On le trouve isolé ou en petites troupes dans l'herbe rase.
Saison. En Europe, de la fin de l'été au début de l'hiver, avec l'essentiel des poussées en automne, lorsque la pluie revient.
Un champignon étudié en France. C'est sur des récoltes faites en Suisse et en France par le mycologue Roger Heim qu'Albert Hofmann a démontré en 1963 la présence de psilocybine dans une espèce européenne, à raison de 0,25 % du poids sec. La publication est parue en français, dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences (Hofmann, Heim et Tscherter, 1963).
Combien de psilocybine contient un psilocybe sauvage
Les mesures publiées varient beaucoup d'un spécimen à l'autre :
| Source | Teneur en psilocybine (poids sec) |
|---|---|
| Hofmann et Heim, 1963 (Suisse et France) | 0,25 % |
| Stijve et Kuyper, 1985 (un spécimen) | 1,7 % |
| Gartz, 1993 (Europe) | 0,2 à 2,37 %, moyenne 1 % |
| Beug et Bigwood, 1982 (nord-ouest des États-Unis) | 0,62 à 1,28 % |
Données réunies dans l'article Psilocybe semilanceata de Wikipédia, qui cite chaque étude. Les petits spécimens ont les concentrations les plus élevées, les gros la quantité totale la plus forte. Concrètement, une poignée de psilocybes cueillis dans un pré peut contenir dix fois plus de principe actif qu'une autre poignée de même poids. C'est une différence majeure avec un produit cultivé, pesé et emballé.
Le panéole à ceinture, sur les sols très fumés
Panaeolus cinctulus (synonyme Panaeolus subbalteatus) est une espèce cosmopolite. Elle pousse seule ou en touffes sur les tas de compost, les pelouses et jardins très amendés, plus rarement directement sur le crottin de cheval. Au début du XXe siècle, les champignonnistes l'arrachaient de leurs couches de champignons de Paris, d'où son surnom anglais de weed Panaeolus (Wikipédia, d'après Arora 1986 et Singer et Smith 1958).
Le genre Panaeolus pose un problème particulier : ses espèces se ressemblent beaucoup et leur teneur en psilocybine va de nulle à élevée. Le panéole des foins (Panaeolina foenisecii), extrêmement commun sur les pelouses tondues en été, ne contient que des traces de psilocybine et ne produit pas d'effet hallucinogène notable ; il se distingue des Panaeolus actifs par sa sporée brune et non noire (Wikipédia).
Psilocybe cyanescens, le champignon des copeaux
Psilocybe cyanescens vit sur les substrats riches en lignine, aujourd'hui surtout les copeaux de bois répandus dans les massifs et les parterres urbains. L'espèce a été décrite à partir de spécimens trouvés dans les massifs paillés des jardins de Kew, près de Londres, et son aire s'étend en Europe de l'Ouest et centrale à mesure que le paillage se répand. Une hypothèse sérieuse est que son mycélium voyage avec le bois broyé du commerce (Shaw et Kibby, Field Mycology, 2001, cité par Wikipédia).
Son chapeau caramel à bord ondulé et son pied qui bleuit nettement au toucher la font repérer. Ce bleuissement n'est pas une garantie : sur le même bois pousse la galère marginée, mortelle (voir les confusions).
Ce que la loi française en dit
L'arrêté du 22 février 1990, qui fixe la liste des stupéfiants, classe à son annexe IV les « champignons hallucinogènes, notamment des genres Stropharia, Conocybe et Psilocybe » (version consolidée publiée par l'ANSM). Le mot « notamment » vise aussi les Panaeolus actifs. La psilocybine et la psilocine figurent elles-mêmes à l'annexe III. Cueillir pour soi n'est pas une exception : c'est une détention de stupéfiants, traitée en détail sur la page loi en France.
La forme légale, aux Pays-Bas
Aux Pays-Bas, les champignons frais sont interdits depuis décembre 2008. Les truffes, ces sclérotes que certains Psilocybe forment sous terre, ne sont pas visées par la loi néerlandaise sur l'opium et se vendent librement aux adultes (DRUGSinfo, Institut Trimbos). Elles sont cultivées, emballées sous vide et vendues au poids. Pour un lecteur français, c'est la seule manière légale d'en consommer, et uniquement pendant un séjour sur place.
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Voir aussi : quelles truffes choisir et le guide du séjour aux Pays-Bas.