Les petits champignons bruns des prés et des bois se ressemblent tous, et plusieurs d'entre eux sont toxiques, voire mortels. Les psilocybes ont au moins trois sosies dangereux bien documentés en Europe : des inocybes riches en muscarine, des cortinaires qui détruisent les reins et la galère marginée, qui contient les mêmes toxines que l'amanite phalloïde. Ces confusions sont le vrai danger de la cueillette, bien avant les effets de la psilocybine.
Ce que montrent les centres antipoison
L'Anses suit chaque saison les intoxications par des champignons signalées aux centres antipoison. Entre le 1er juillet et le 31 décembre 2024, 1 363 personnes ont appelé un centre après avoir mangé des champignons ; 3,1 % des cas étaient de gravité forte, avec trois décès et trois insuffisances rénales chroniques.
Le rapport détaillé de la saison 2022 donne la mesure du problème d'identification : 1 923 intoxications, et lorsque la cueillette a pu être examinée après coup par un mycologue, plus de la moitié des repas contenaient au moins une espèce toxique. Parmi les cas graves, 10,8 % relevaient d'un syndrome sudorien, celui des inocybes et des clitocybes blancs (Anses, rapport 2023-VIG-0127).
Un point mérite d'être dit clairement : cette surveillance exclut les champignons à effets psychotropes consommés dans un contexte récréatif. Il n'existe donc pas de série nationale publique sur les intoxications liées aux psilocybes en France. Les chiffres ci-dessus portent sur les repas de champignons ; ils montrent à quel point l'identification à l'œil échoue, même chez des cueilleurs qui se croient sûrs d'eux.
Les inocybes, le sosie le plus courant
Le genre Inocybe compte plusieurs centaines d'espèces de petits champignons à chapeau conique ou mamelonné, fibreux, souvent beige ou brunâtre. Beaucoup contiennent de la muscarine. L'inocybe à lames couleur de terre (Inocybe geophylla), blanchâtre et soyeux, est commun dans toute l'Europe sous feuillus et conifères, en été et en automne ; il a déjà été pris pour un Psilocybe semilanceata (Wikipédia, d'après Bresinsky et Besl 1989).
Ce que provoque la muscarine. Le syndrome sudorien (ou muscarinien) commence 15 à 30 minutes après l'ingestion : salivation, sueurs et larmoiement abondants. À forte dose suivent douleurs abdominales, nausées, diarrhée, vision trouble et gêne respiratoire (Wikipédia, d'après Benjamin 1995). Rien de tout cela ne ressemble à un effet hallucinogène.
Les cortinaires, le risque pour les reins
Le cas le plus cité dans la littérature est celui d'un jeune homme en bonne santé, en Autriche, qui a ramassé ce qu'il croyait être des psilocybes. Il s'agissait du cortinaire très joli (Cortinarius rubellus), qui contient de l'orellanine. Il a développé une insuffisance rénale terminale et a dû recevoir une greffe de rein (Franz et al., Nephrology Dialysis Transplantation, 1996).
Le piège de l'orellanine tient à son délai : les premiers signes apparaissent en général entre deux et quatorze jours après le repas (Wikipédia), quand plus personne ne pense aux champignons. Les trois insuffisances rénales chroniques recensées par l'Anses pour la seule saison 2024 rappellent que ce scénario n'a rien d'exceptionnel en France.
La galère marginée, sur le bois
Psilocybe cyanescens, qui pousse sur les copeaux de bois, partage son milieu avec la galère marginée (Galerina marginata), un petit champignon brun lignicole. Une équipe française a mesuré dans cette espèce des amatoxines, les toxines de l'amanite phalloïde, qui détruisent le foie (Enjalbert et al., Mycologia, 2004). Ces auteurs citent expressément Psilocybe cyanescens parmi les espèces avec lesquelles la galère marginée peut être confondue.
Les amatoxines agissent elles aussi avec retard : les premiers symptômes apparaissent en général six à douze heures après le repas (Wikipédia, amanite phalloïde), et l'atteinte du foie suit. Chaque heure compte.
Pourquoi les « critères simples » ne protègent pas
On lit souvent qu'un pied qui bleuit, une sporée sombre ou un téton sur le chapeau suffisent à reconnaître un psilocybe. Aucun de ces signes ne suffit seul :
- le bleuissement apparaît chez plusieurs espèces à psilocybine, mais son absence ne prouve rien et sa présence n'écarte pas un champignon toxique poussant à côté ;
- la sporée demande une récolte, du temps et une comparaison avec des références ;
- le téton existe chez de nombreuses espèces sans psilocybine, dont certains inocybes et conocybes ;
- les applications de reconnaissance sur smartphone sont explicitement déconseillées par l'Anses pour identifier une cueillette.
En cas de symptômes après avoir mangé un champignon cueilli, même plusieurs jours après, appelez le 15 ou un centre antipoison, et gardez les restes ou une photo de la récolte.
La seule voie sans cueillette
Le risque de confusion disparaît quand le produit est cultivé, identifié et emballé. C'est le cas des truffes magiques vendues aux Pays-Bas, où elles sont légales pour les adultes. Elles restent interdites en France ; on ne peut les consommer légalement que pendant un séjour sur place. Le guide du séjour explique comment s'y prendre, et le guide de choix quelles variétés conviennent à une première fois.
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Voir aussi : les espèces présentes en France et ce que dit la loi.